Il y a quelque chose avec l’esprit communautaire qui finit toujours sur internet par nourrir les plus simples absurdités, et quand je tombe dessus le lundi matin alors que devant mes yeux endormis se déroulent les drames adolescents de kd2a, ça me met forcément de mauvaise humeur. Ce matin, j’effectue ma visite quotidienne sur viedemerde.fr (comme une majorité des internautes). Et là que vois-je, ils parrainent un nouveau single d’Emma Daumas, “jsuis conne”. Bien sûr, sur le cul nous sommes (*ironie*) en voyant que la nunuche rebelle de Star Academy admet enfin cette vérité bien connue. Mais cela n’a somme toute pas d’importance. L’important c’est qu’Emma Daumas surfe sur deux tendances, celle du buzz internet et celle du succès du site vie de merde. Bien amusant dans le fond, vie de merde est surtout le symbole que sur internet, rien n’est honteux (ah, la liberté de l’anonymat !). C’est aussi cette fonction du langage bien connue qui fait que quand quelque chose est dit, on en a déjà moins honte. On a fait rire les lecteurs de viedemerde.fr en écrivant sa petite misère et du coup c’est tout à coup moins embarrassant d’envisager les matins de lose et les anecdotes humiliantes au supermarché du coin. Presque un nouvel automatisme donc, je m’humilie, je le raconte, je fais rire, je suis pardonné, voire un peu sanctifié, parce que c’est tellement bon de sentir qu’il y a pire que soi.
Revenons-en à Emma Daumas, qui est dans le creux de la vague depuis quelque chose comme 5 ans (plus?) et décide donc de s’engouffrer dans cette tendance, l’auto-dérision (technique bien connue de son alter-ego Avril Lavigne, hein, ouais, même elle) et surtout l’art de la fausse confession. “Jsuis conne” est donc un mélange ridicule d’auto-dérision (sur les blondes particulièrement - lassant, n’est-ce pas ?) et des clowneries internet. Ce qui m’agace particulièrement avec ce buzz ridicule, c’est juste l’idée du buzz. J’ai été élevée dans l’idée qu’on aime la musique pour la musique, c’est une forme d’instransigeance que j’aime et que j’applique chaque jour, on aime les chansons pour ce qu’elles ont d’aimables et pas pour les fioritures qu’on colle tout autour (après tout, c’est Proust qui m’a appris que l’œuvre doit créer elle-même sa postérité et je ne veux pas oublier ce précepte). Ca me choque dans cette mesure que l’on essaie de me faire oublier (et je l’ai oublié un instant parce que j’étais occupée à regarder les vidéos du site !) qu’Emma Daumas ne sait pas écrire, ne sait pas chanter, n’existe même pas dans mon univers musical, et qu’on la vende par tous les moyens possibles, vidéos montrant sa prétendue connerie (avec des messages de l’interessée telle que “vous vous reconnaissez les filles, LOL” - euhm), photos façon nerd, nouvelle catégorie pour elle sur viedemerde.fr. Etc etc etc.
Alors si j’étais défaitiste, je me dirais qu’on est définitivement rentrés dans cet ère où les chansons existent pour l’image de leur interprète avant d’exister pour elles-mêmes. Mais je concluerai sur ce clip de Yo La Tengo, pas que je sois monomaniaque, mais Sugarcube est bel et bien une belle leçon à suivre d’auto-dérision et de moquerie douce du monde musical. Et j’essayerai de rester propre, loin des buzz. Il me semble ce matin, tandis que mes yeux cotonneux intègrent au fur et à mesure mais au ralenti l’image des crispy news d’MTV qu’il faut désormais se préserver, et créer mon opinion… avant qu’Emma Daumas ne me mange.
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