C’était l’époque où j’allais prendre des disques à la médiathèque Arpège, rue Neptune, à Brest, où j’empruntais 5 disques, et à chaque fois je pouvais être sûre qu’au moins 3 seraient trop rayés pour fonctionner sur ma platine 3 CD.
En rentrant chez moi un jour, j’ai mis Tanglewood Numbers, un disque de Silver Jews, un disque qui représentait enfin ce chaînon manquant dans les groupes de pop : une personnalité. Une voix, des textes, une unicité, une homogénéité. Silver Jews touchait du doigt une perfection tout à fait subjective.
J’ai écouté tous leurs disques, et j’ai appris que beaucoup les considéraient comme des sous-Pavemement, alors j’ai décidé d’en vouloir à Pavement pour toujours. Même si parfois, j’ai quand même laissé une petite place à Stephen Malkmus dans mon cœur. Mais l’indie-rock des années 90 m’a toujours ennuyée.
Tanglewood Numbers s’illustre par une série de chansons parfaites, d’une incroyable cohérence. Presque un concept album. Fourré de tubes géniaux, qu’il est toujours bon de ressortir un jour de pluie, Tanglewood Numbers est un feel-good album comme il en existe peu.
Silver Jews a très peu tourné, mais un jour ils sont passés au Point Éphémère, David Berman s’épongeait le visage avec du PQ, et ça reste le meilleur concert que j’ai jamais eu l’occasion de voir. Surtout parce qu’on a découvert tous les deux “Tennessee”, on ne connaissait pas encore notre Silver Jews sur le bout des doigt à cette époque, on se tenait la main, et on était sacrément contents.
Les filles du premier rang criaient “PUNK ROCK DIED WHEN THE FIRST KID SAID, PUNK’S NOT DEAD” en chœur, on était tous un peu admiratifs de Berman, et de son incroyable sens de la formule. Lui qui, comme un enfant perdu, se lovait dans les bras de la belle Cassie, sa bassiste, choriste et femme.
David Berman n’aime pas la scène, mais ce mois de mai 2000-quelque chose au Point Éphémère, il s’est quand même fait transpirer dans son costume, avec son rouleau de papier dans une main et son micro dans l’autre, pour nous. En 2009, Silver Jews s’est séparé, et il me semble que ça reste une décision irrévocable. Mais toujours, je pense à eux, quand un groupe n’est pas original, fait du mauvais indie-rock, quand j’entends une voix grave qui n’a rien du piquant de celle de Berman, quand je lis des paroles drôles mais peu spirituelles. Les groupes s’en vont et sont vite remplacés, et Silver Jews ne dérogue pas à la règle. Mais pour moi, ils restent le chaînon manquant sur la scène indépendante. Et j’espère toujours leur retour.
Lire le blog de Berman
Le clip de I’m Getting Back Into Getting Back Into You
Le clip de Punks In The Beerlight
Le clip de Sleeping Is The Only Love
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