2012 n’a été qu’allers-retours. Ce qui ne change pas, c’est les tops de fin d’année.
Alors c’est parti… Top !

Greta Gerwig dans Damsels in Distress de Whit Stillman
1. « I don’t really like the word ‘depressed’. I prefer to say that I’m in a tailspin »
Des films sortis cette année, je retiens Take Shelter (Jeff Nichols) / Damsels in Distress (Whit Stillman) / Moonrise Kingdom (Wes Anderson) / The Five-Year Engagement (Nicholas Stoller). Et hors catégorie Holy Motors, parce que j’y ai tant pensé après la projection.
Ils représentaient tous quelque chose d’important, mon angoisse de l’apocalypse, mon rapport à l’enfance, mon rapport à cinq ans de relation. Mon rapport au cinéma d’auteur (et mon angoisse de ne pas aimer ces films qu’il faut aimer). Et Damsels in Distress. Je l’ai vu au milieu de l’année, entourée de deux de mes personnes préférées. Le moment était parfait, suivi d’un frozen yogurt (bon, je ne ferai pas de rubrique sur la nourriture). Damsels in Distress, je ne l’ai pas aimé que pour sa musique kitsch, ni pour sa très belle mise en scène, ni pour son actrice qui porte des cardigans. Je ne l’ai pas non plus aimé que pour le final en comédie musicale, ni pour les beaux yeux d’Adam Brody. Ni, non plus, parce que je me reconnaissais à 95% dans son héroïne névrosée-senteuse compulsive de savon. Mais simplement parce que j’avais l’impression de voir un film que j’avais attendu toute ma vie. Complexe mais joli, un peu fou, avec des héroïnes qui me rappelaient tout ce que j’aime d’Ingrid Bergman à Sylvia Plath en passant par Judith Butler et les cupcakes parsemés de coeurs roses. Je ne crois pas que j’avais ressenti cette connexion profonde avec un film depuis, disons Manhattan de Woody Allen. Probablement je devrais vous dire de vous ruer sur le film, sauf que je ne saurais trop vous dire ce que vous pourrez y trouver. Mais tentez votre chance.
Gene Hackman dans The Conversation de Coppola
2. « This business requires a certain amount of finesse. »
Oldies but goodies. On a fini par roder notre tradition film/pizza (home made bien sûr) (mais j’avais dit que je ne parlerais plus de nourriture), et on regarde (presque) toujours de bons films. Ces petites séances de rattrapages m’ont permis, notamment, d’aimer De Palma, Coppola et Polanski (et Tess, vu en copie restaurée cette semaine, ne fait que me confirmer cet amour naissant). Trois immenses coups de coeurs dans cette catégorie, The Conversation de Coppola, film silencieux et bouleversant, Sunset Boulevard de Billy Wilder, avec un personnage principal à vif comme je les adore et Chinatown de Polanski, donc. Faye Dunaway, magique. Celui qui m’a le plus marquée, c’est bien sûr Coppola, parce que The Conversation est une merveille de narration. Dans le genre stalker, Blow Out de De Palma m’a trotté dans la tête des jours. Ce qui est toujours un bon signe.
Lena Dunham dans Girls
3. A show about nothing
Quand je pense aux grandes victoires de 2012, il y a en premier rang, mettre tous mes RTT sur la table pour aller rencontrer mon petit neveu le weekend de sa naissance. Beaucoup de tournage en rond dans le salon, à attendre l’heureuse nouvelle. Aussi petit que facile à aimer. Depuis, je pense aux balades parisiennes qu’on se fera, aux séjours à Disneyland, aux bonbons dégueu qu’on s’enfournera quand sa mère aura les yeux tournés. Et à tous les noms de dinosaures que je vais devoir mémoriser.
Mais quand je pense à 2012, je pense aussi à cette proposition innocente. « Ça te dit qu’on se mette à Seinfeld? » Bien sûr que ça me dit ! Allons-y. Meilleure décision de l’année. J’adore Elaine et ses bourdes, Georges Costanza, ce personnage détestable qui me fait mourir de rire, et puis bien sûr ce boulet de Kramer et son petit pas de danse quand il entre dans l’appartement de Jerry. Et Seinfeld, son phrasé génial, ses idées complètement creuses (pitcher un épisode de Seinfeld, c’est se rendre compte de la géniale vacuité du show). Mais bien sûr vous pouriez aussi bien regarder Girls ou revoir les dernières respirations de Bored to Death pour y entendre « Strange Powers » des Magnetic Fields (qui deviendra aussi, comme ça, votre chanson de l’année). Comme vous n’avez pas vraiment voyagé, pas vraiment foulé le sable Coney Island, ça vous fera voir du pays.
Michael Shannon dans Take Shelter de Jeff Nichols
4. Jesus Blood Never Failed Me – Yet
J’ai vu beaucoup (beaucoup trop pour m’en souvenir) de pièces / spectacles et pas assez de concerts en 2012. Le travail a beaucoup modelé mes choix culturels, parfois par obligation. Et puis parfois, par fatigue. Mais mon souvenir le plus frappant, c’était le 9 octobre, au 104. Gavin Bryars y donnait, avec l’Orchestre de Chambre de Paris, une version de son Jesus Blood Never Failed Me Yet. La veille, abritée par mon parapluie, rue Sainte Anne, j’avais reçu un coup de téléphone redoutable, de ceux qui glacent le sang. Après ce moment, je n’ai jamais, presque, reparlé de cet événement. Le lendemain, au Centquatre, cette ritournelle chantée par un sans abri et enregistrée par Bryars (elle a aussi été interprétée par Tom Waits au fil des années), a agi comme une messe. Parce qu’on a souvent besoin, par faiblesse, de se forcer à sortir de la beauté de la tragédie.
Si je ne devais en retenir qu’une poignée, j’imagine que je dirais qu’en live et en vrac j’ai aimé Une faille de Mathieu Bauer (à Montreuil), Les noces de Figaro à l’Opéra Bastille, et le très beau concert de Grandaddy à Rock en Seine.
Comme je n’aime pas vraiment attendre, j’ai commencé à lire A Song of Ice and Fire de George R.R Martin (le Game of Thrones d’HBO, pour ceux qui ne suivent pas). Qui est vraiment comme tout le monde le dit, très bien écrit, fluide, plein de suspense, et semé de morts toutes plus horrifiantes les unes que les autres. (c’est pas cool de tuer tous ses personnages principaux, mais j’imagine que George sait ce qu’il fait) Je me suis plutôt ennuyée littérairement en 2012, j’étais souvent debout dans le RER (merci les heures de pointe) et ça a rendu la lecture assez difficile. J’ai aimé Habibi de Craig Thomson et Building Stories de Chris Ware, tous les deux un peu tristes mais très beaux. J’ai continué mon épopée Steinbeck avec Grapes of Wrath. Rugueux et merveilleux. Et de manière plutôt inquiétante, il m’a paru très moderne dans son approche de la crise.
Et pour la musique, autant suivre ma playlist Spotify (que j’oublie, la plupart du temps, de mettre à jour). Petite année en terme de sorties, ou alors c’est moi qui devient difficile. Enfin j’ai aimé « Sherill », quand même. Autant commencer 2013 sur cette joyeuse note.







Commentaires récents